Un itinéraire spirituel : la montée vers l'autel

Le christianisme : une affaire de sang versé

​« Le christianisme n’est pas une affaire de bons sentiments. C’est une affaire de sang versé. Et ce n’est pas manière de parler. Le christianisme c’est le sang du Christ répandu pour nous laver de nos fautes. Tel est le code génétique de cette religion. Le pivot de son élaboration théorique, le principal fil conducteur de son histoire et en ce 18 Décembre 1965, j’en suis un produit particulièrement abouti.

« Dans mon agonie, je pensais à toi. J’ai versé telles gouttes de sang pour toi...Je te suis plus ami que tel et tel ; car j’ai fait pour toi plus qu’eux, et ils ne souffriraient pas ce que j’ai souffert de toi et ne mourraient pas pour toi dans le temps pour tes infidélités et cruautés.» « Dans mon agonie », arrêtez-vous un instant. Ces phrases, et d’autres du genre « Je suis en agonie jusqu’à la fin du monde », Pascal les met dans la bouche de Jésus son rédempteur. Enfant, elles me touchaient au cœur.

Le rédempteur, c’est celui qui rachète : un esclave, un prisonnier, un otage, une dette. Celui qui s’offre à mourir à la place d’un autre. Dans ma ferveur à moi, il n’y avait qu’une seule goutte de sang et elle était plus que suffisante.

Le 18 Décembre 1965, Charles Condamines a été ordonné prêtre par Mgr Menard, dans la chapelle du grand séminaire de Rodez. On le voit ici étendu sur les dalles, l’étole du diacre qu’il était en travers des épaules. Son identification à Jésus est à son paroxysme.

Parce qu’on n’a jamais fait mieux pour m’inculquer, l’énormité de ma faute, le prix de mon salut, l’étendue de ma dette et l’inconsistance de mon effort. Sur ces quatre piliers reposent le sentiment et le dogme chrétiens et ils ont été les fondements de mon identité sacerdotale : « C’est pour nous, c’est pour moi que le Christ a pris chair dans le ventre d’une femme, qu’il est mort sur une croix pour ressusciter le troisième jour… Et nos vies à nous sont dispersées, dissipées... Il nous faut les unifier autour de la personne du Christ…Capter à leur source tous les dynamismes que nous portons en nous et les diriger vers le Christ qui doit être notre partenaire d’amour exclusif de tout autre… » L’intensité affective en plus, on dirait du Benoît XVI ou du curé d’Ars.

​Ces phrases, c’est moi qui les ai prononcées le soir de mon ordination sacerdotale devant les directeurs et élèves du grand séminaire de Rodez. C’était soir de fête et nous étions entre nous. J’étais sur l’estrade. En col romain et soutane. On appelait ça un petit mot. Le mien faisait trois pages. Je les avais arrachées d’un cahier à ressort et écrites serré. Trois pages pour montrer que dans ma constitutive intimité, c’est lui, Jésus, le dieu fait homme qui est l’ami parfaitement jaloux et que moi je ne suis qu’une merde. Lui m’a aimé jusqu’à donner sa vie pour moi. Je devrais en être tout retourné et je ne suis que tiédeur et insignifiance.

​Foin des équilibres, fausses maturités et autres accommodements « on devient prêtre comme on tombe amoureux » et s’il y faut la ferveur de l’adolescence, vive l’adolescence. Quand donc « ma vie apparaitra-t-elle incohérente, inexplicable à celui qui refusera l’hypothèse du Christ personnel ?» Lors de mon sous-diaconat, j’étais déjà habité par le même idéal : m’offrir en sacrifice pour prouver l’existence de dieu. » In " J'étais prêtre..." p 145