Un itinéraire spirituel : l'enfouissement dans les bidonvilles

Françoise et Pierre (1913-1980) de Menthon.

Un ambassadeur de France à la hauteur des circonstances.

« Dans ce déferlement de haine, l’ambassadeur Pierre de Menthon sut représenter la patrie des droits de l’homme. Aux survivants en quête de protection, il ouvrit les portes de l’enceinte diplomatique et celles de son domicile familial.

Le 29 septembre, il se déplaça jusqu’à ma planque et m’enferma dans le coffre de sa voiture. Trois semaines plus tard, une automitrailleuse devant et un halftrack derrière, il nous conduisit, un réfugié politique brésilien et moi, jusqu’à l’aéroport. Je peux encore aujourd’hui ressentir la chaleur de sa main sur mon épaule à l’intérieur de l’avion d’Air France : j’avais déjà attaché ma ceinture et faisant un signe à l’hôtesse, il avait dû presser le pas pour s’en aller.

​Honneur soit rendu à cet homme courageux.

Derrière les murs de l’ambassade, j’avais pris la mesure du danger que j’avais couru et fait courir à d’autres pendant ces semaines de clandestinité. La réalité était bien autre chose que nos prévisions. Nos distractions (les cartes, le ping-pong, les échecs) étaient vaines. Nous ressassions l’incroyable monstruosité de nos ennemis et pas encore notre défaite.

​Et moi, je le savais que cette église qui avait été la mienne était capable du pire. Mais un inexplicable espoir me retenait de le croire sans l’avoir vérifié une dernière fois. Et voilà que chaque nouveau jour apportait la preuve que la veille, les limites de l’inconcevable n’avaient pas encore été franchies.»

In «J'étais prêtre… » p. 220.